Cela n’arrive qu’aux autres

Depuis le départ de Jo (mon ex), j’ai toujours pensé que ce chagrin se traduirait un jour dans mon corps, je pensais qu’un jour j’aurai une tumeur au sein. Les demandes de contrôle de ma gynéco allaient d’ailleurs dans ce sens. (Touchons du bois, mais il n’est d’ailleurs pas trop tard pour mal faire). Mais c’était un autre cancer qui m’attendait : tumeur de la trompe.
Les médecins m’ont parfois demandée à quel moment et par qui l’annonce de ma tumeur m’a été faite. Je dirais qu’il n’y a pas eu de moment net. Les choses se sont concrétisées petit à petit. J’avais employé le mot « cancer » la première, alors que le chirurgien était encore très convaincu d’une issue bénigne. Lorsque le chirurgien après l’opération m’a dit qu’il n’avait pas aimé ce qu’il avait trouvé en opérant, ce ne fut pas un choc mais la suite logique de ce que je vivais. Dans ma tête, j’étais déjà engagée dans le processus.
La vie a fait de moi un « chêne-roseau », un arbre résistant comme le chêne mais qui ploie sans se rompre comme un roseau lorsque le vent souffle trop fort. Je ne sais d’où me vient cette force. Cela ne veut pas dire que je souffre moins que les autres, cela signifie seulement que mes réactions me font vivre les choses avec sérénité. Face aux épreuves aucun de nous ne sait comment il réagira. Demain, je peux m’écrouler, alors qu’aujourd’hui je suis paisible. Pour l’instant, même pas peur.
Malgré tout, j’ai vécu les prémices de cette maladie avec une certaine dualité.
D’un côté, j’avais l’impression d’être hors du monde des bien-portants, étrangère à la foule dans laquelle je me fondais. Moi, je savais mais eux ils ne savent pas. Aujourd’hui, je suis différente de la plupart de ces gens qui m’entourent.
D’un autre côté, je ne me sentais pas malade. Comment admettre que l’on est souffrant, alors que l’on a mal nulle part, qu’aucune souffrance ne vous a mis à genoux. Le chirurgien alors que je trouvais que la seconde intervention était bien importante par rapport à la précocité du mal, m’a regardée et m’a juste dit : « Mais madame, vous avez un cancer ! » D’un air de dire, réveillez-vous, là on ne plaisante pas. Tout était dit. J’ai mis beaucoup de temps à ingérer que oui, j’étais vraiment malade, que le crabe était là tapi dans mon ventre et qu’il ne lâcherait pas prise d’un coup de baguette magique. Même après l’opération, alors que la cicatrice me rendait douloureux les changements de position, alors que les vomissements m’arrachaient des larmes de vexation et de colère contre ce corps qui ne voulait pas reprendre le cours normal de sa vie, même à ces moments-là, je ne m’admettais pas malade. C’était comme si c’était un autre moi-même qui était concerné. Car c’est bien connu, ce genre de chose cela n’arrive qu’aux autres. Cette réalité-là avait une impression d’ « Irréel ». L’acception est venue ensuite.
Ce qui m’a semblé le plus dur, ce fut d’annoncer la nouvelle à mes enfants et à mes proches. Quel chagrin de faire du mal à ceux que l’on chérit et que l’on voudrait protéger ! Le chagrin des autres m’a rendu triste et grignotait ma force. Ce fut une des plus grosses épreuves. Que leurs larmes m’ont fait souffrir ! Mais au fur et à mesure que je mettais mon entourage au courant, cela m’a permis de cheminer dans l’acceptation de ma maladie.

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