Le KOmbat au bureau, tout un travail


anne-sophie-tuszynski

Arrêt, reprise et maintien.

Quels droits ? Quelle organisation ?

 

 

Anne-Sophie Tuszynski a vécu la maladie en 2011. Elle a fait alors spontanément le choix d’en informer son employeur… et s’en félicite encore aujourd’hui. Bienveillance de sa hiérarchie et de ses collègues, avec un départ et un retour préparés dans la sérénité.

Depuis lors, concilier maladie et travail rime avec entreprenariat pour Anne-Sophie Tuszynski qui a fondé Cancer@work, Association dédiée à tous les acteurs du monde professionnel, entreprises et salariés, concernés par le sujet du cancer et du travail.

 

 

« Il est impensable que des personnes qui se sont battues pour leur (sur)vie soient laissées au banc de notre société. Surtout, nous avons tous à y gagner !  Les malades, mais aussi les entreprises et la société civile, au plan humain, social, économique et sociétal. »

 

« Selon moi, le dialogue et l’anticipation sont les deux piliers fondamentaux pour mieux concilier maladie et travail. Encore faut-il avoir des points de repère, trouver des explications, des conseils. C’est ce que je souhaite vous transmettre pour vous permettre – je l’espère – de trouver votre manière de vivre au mieux la maladie au travail. Car il n’y a pas une, mais des manières de le faire. Et comme je l’explique dans le guide pratique « cancer et travail : j’ai (re)trouvé ma place, comment trouver la vôtre ? »*, la meilleure manière c’est avant tout celle que vous aurez choisie ! »

 

Le cancer a des conséquences dans la vie personnelle mais aussi professionnelle. La première étape pour concilier au mieux maladie et travail est d’accepter cela.

 

« La maladie n’impacte pas uniquement la vie professionnelle des personnes directement concernées, mais aussi celle de leur entourage – leurs proches, leur équipe, leur entreprise. Et en 7 ans, je n’ai jamais rencontré d’exception. Dès lors, le choix de parler ou non de sa maladie appartient à chacun.

Tout est question de contexte et de ressenti. Pour autant, poser clairement le sujet auprès des bonnes personnes permet d’avoir accès à la bonne information, au bon moment, et de mobiliser les dispositifs auxquels le salarié a droit et qui lui seront utiles. »

 

 

Que faire ? Et auprès de qui ?

 

« Les dispositifs mobilisables sont de deux types : légaux ou contractuels. Ils sont souvent nombreux et la question est moins de les connaître tous que de mobiliser les bons, et au bon moment. Pour ce qui est des personnes ressources pour vous accompagner, il s’agit bien souvent de votre manager direct, des ressources humaines et de la médecine du travail.

Et ce, que vous soyez salariée du privé, comme du public. Cette dynamique s’adresse néanmoins aux personnes travaillant dans des entreprises d’une certaine taille.

Si vous êtes indépendante – profession libérale – agricultrice, les ressources seront différentes, mais la dynamique peut rester similaire. Vous trouverez un appui important auprès des assistants sociaux en ville ou à l’hôpital, vos clients et partenaires peuvent également se révéler de précieux alliés. Les personnes ressources se trouvent simplement ailleurs que dans l’entreprise. »

 

 

Comment être certaine de mobiliser les dispositifs utiles ?

 

« Pour cela, je vous invite à établir une double liste : d’une part, celle des conséquences de la maladie dans votre vie personnelle et professionnelle (qui peuvent être évolutives) ; d’autre part, celle de vos besoins, personnels et professionnels. »

 

Il est utile et important que votre manager, votre équipe et votre entreprise fassent le même exercice : celle des conséquences de la maladie dans la vie de l’équipe ; celle des besoins nécessaires à tous pour atteindre le plus sereinement possible les objectifs, car l’entreprise doit les atteindre pour poursuivre son développement.

 

 

L’histoire de Sacha**, touchée par un cancer du sein depuis 8 ans

Ses traitements l’ont amenée à s’absenter pendant près d’un an et demi. La maladie lui offre ensuite quatre ans d’un relatif répit, puis elle récidive avec un cancer devenu métastatique.

 

« C’est un exemple qui me semble assez parlant. Suffisamment, à mon sens, pour vous aider à y voir plus clair. »

 

L’annonce

Une fois le tsunami de l’annonce passé, elle choisit d’annoncer à son manager qu’elle a un cancer. Elle y a mûrement réfléchi ; ils travaillent ensemble depuis un an mais il lui semble qu’elle peut avoir confiance en lui.

Son oncologue lui annonce le protocole des traitements : une mastectomie, qui sera sans doute suivie d’une chimiothérapie et peut-être de séances de radiothérapie.

 

L’arrêt

Sacha sait qu’elle va devoir arrêter de travailler quelques temps ; elle habite loin de son lieu de travail et élève seule ses deux enfants. Elle va devoir concentrer ses forces pour se soigner et s’occuper de sa famille.

 

Si les traitements et leurs conséquences imposent un arrêt maladie, sachez que vous n’avez aucune obligation légale d’informer votre employeur sur les raisons de votre arrêt. En revanche, vous devez déclarer votre arrêt de travail et ce, dans les meilleurs délais.

 

Sacha sollicite une rencontre avec son manager et les ressources humaines.

 

Ses préoccupations et ses besoins sont simples. Elle s’inquiète… de sa situation financière à venir, notamment pendant l’arrêt maladie ; de ne pouvoir s’occuper correctement de ses enfants (devoirs) et de sa maison (entretien) ; de perdre « sa place ».

Les préoccupations et les besoins de son manager – et de son entreprise – sont simples, eux aussi : l’accompagner au mieux, ainsi que l’équipe qui l’entoure, au plan humain ; réorganiser le travail pour atteindre ensemble les objectifs.

 

 

C’est ensemble qu’ils mobilisent les dispositifs suivants, en mettant en place une sorte de plan d’actions :

  • Les ressources humaines mettent à sa disposition les éléments financiers relatifs aux conséquences de son absence en termes de rémunération. L’arrêt de travail a un impact financier important pour Sacha. Néanmoins, le fait d’avoir tous ces éléments en sa possession lui permet de piloter au mieux sa trésorerie et d’anticiper les éventuelles difficultés. Les ressources humaines lui donnent également de la visibilité sur l’apport de la complémentaire santé et du contrat de prévoyance en place dans l’entreprise. Ces apports sont précieux, notamment pour l’aider à s’occuper de ses enfants et de sa maison. On lui conseille également de faire le point sur les clauses d’assurance de son prêt Sacha peut solliciter son entreprise autant qu’elle le souhaite pour être aidée dans ses démarches administratives. L’assistant.e social.e, en ville, est également un allié précieux.

 

  • Son manager, en parallèle, la rassure ; il n’est pas question qu’elle perde sa place ; elle a toujours donné entière satisfaction. Ce qu’il faut éviter à tout prix, c’est la désorganisation de son service, afin que l’entreprise poursuive sereinement sa route, même en l’absence de Sacha, et l’accueille dans les meilleures conditions, à son retour au travail. Il lui propose d’échanger avec l’équipe, pour qu’ils trouvent ensemble des solutions. Elle accepte.

 

  • Une réunion avec l’équipe est ensuite organisée. Sacha choisit de leur dire elle-même qu’elle souffre d’un cancer. Ensemble, ils réfléchissent à des solutions, qu’ils adoptent. Une partie des missions de Sacha est confiée à l’une de ses collègues, le temps de son absence. Pour réaliser les autres tâches, l’entreprise fait appel à un intérimaire. Ses collègues demandent à Sacha s’ils peuvent prendre des nouvelles. Bien sûr ! Cependant, pour ne pas l’importuner au mauvais moment, ils conviennent de privilégier les textos.

 

Pendant un an et demi, Sacha se soigne. Régulièrement ses collègues prennent des nouvelles. Chaque fois qu’elle en a la force et l’envie, elle vient leur rendre visite et déjeuner avec eux. L’entreprise fête ses 20 ans ; elle est invitée. Elle découvre même, grâce à une de ses collègues, une nouvelle passion : la marche nordique. Elles la pratiquent ensemble chaque fois que possible. Cette activité physique fait du bien à Sacha, moralement et physiquement.

 

 

Le retour

Pour le préparer au mieux, les ressources humaines lui rappellent qu’elle peut solliciter une visite de pré-reprise avec le service de santé au travail. Celui-ci propose à Sacha de revenir « en douceur », à temps partiel thérapeutique, d’abord à mi-temps, puis à 80%. Son employeur accepte ; à nouveau avec l’aide des ressources humaines, de son manager et de l’équipe, les missions sont adaptées.

Le jour J, l’équipe attend Sacha autour d’un petit déjeuner. Tous lui souhaitent la bienvenue ; son bureau est prêt.

 

 

L’adaptation dans la durée

Sacha reprend sa vie professionnelle. Néanmoins, les conséquences de la maladie perdurent, au-delà de l’année autorisée pour le temps partiel thérapeutique. Sacha, son manager et les ressources humaines se réunissent à nouveau : pour adapter dans le temps les conditions de travail de Sacha, ils évoquent la R.Q.T.H. (Reconnaissance de Qualité de Travailleur Handicapé). Sacha refuse. Elle est malade, pas handicapée !

Elle comprend alors  que ses représentations sur le handicap sont erronées. Ce dispositif lui permet simplement d’adapter son métier aux conséquences de la maladie. Elle fait donc le choix de solliciter la MDPH (Maison Départementale des Personnes Handicapées). Un jour de télétravail par semaine apparaît rapidement comme une solution intéressante… mais il n’existe pas dans son entreprise. Cette dernière décide donc de faire progresser ses politiques sociales ; le télétravail est désormais possible dans cette entreprise, sous certaines conditions.

 

La maladie offre quatre ans d’un relatif répit à Sacha. Au bout de deux ans et demi, des métastases sont découvertes. Grâce aux traitements thérapeutiques, Sacha peut continuer à vivre. Elle a peur pour ses enfants, pour elle-même. Les traitements ne sont pas sans conséquences ! Elle s’accroche à son travail, parce qu’elle l’aime, parce qu’elle aime passer du temps avec ses collègues, parce qu’il occupe une place importante dans sa vie.

Avec son manager, son équipe et les ressources humaines, grâce à la transparence de Sacha et à l’écoute son entreprise, ensemble, ils continuent à trouver des solutions. Sacha a peur d’être un poids, un fardeau pour l’équipe, mais elle a aussi peur d’être inutile.

Ensemble, ils construisent de nouveaux projets dont s’occupe Sacha, à un rythme adapté : elle rédige une communication pour sensibiliser les salariés au cancer, à la maladie au travail, elle propose à son entreprise de participer à un événement en faveur de la recherche contre le cancer…

 

L’expérience de Sacha, ses compétences et ses qualités développées dans l’expérience de vie de la maladie, permettent à son entreprise et à tous ses salariés de continuer à se développer, de grandir.

 

 

Si comme Sacha vous êtes confrontée à la maladie, que vous soyez malade, aidante, manager, collègue, DRH, et si vous avez des questions, Allo Alex est là pour vous aider au 0 800 400 310. C’est une hot line totalement gratuite, lancée avec le soutien de Roche.

 

*Editions Eyrolles

** Pour des raisons d’anonymat, le prénom a été modifié

 

 

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