Lettre à Berthe – La Belle et la Bête

Il était une fois, un riche marchand qui vivait heureux avec ses trois filles. Les deux aînées étaient certes très jolies mais aussi futiles et égoïstes. La benjamine, que l’on appelait Belle, était si douce et aimable que tout le monde l’adorait.

Un jour de mauvais temps, les navires du marchand sombrèrent en mer et toute sa fortune fut engloutie dans les flots déchaînés. Il dut se résoudre à quitter la ville et à s’installer dans une petite maison retirée à la campagne, avec ses enfants. Les deux aînées ne cessèrent de geindre et de tourner en rond tandis que Belle s’affairait dans le foyer et cultivait avec ardeur le potager.

Une année s’était écoulée lorsque le marchand apprit que l’un de ses navires avait refait surface, ainsi que sa cargaison. Il décida de se rendre immédiatement en ville pour faire le nécessaire. Avant son départ, les sœurs de Belle réclamèrent à leur père de nouvelles robes, des chapeaux, des étoffes, fanfreluches et autres falbalas.
– Et toi, Belle, que veux-tu que je te rapporte ? Une jolie robe ? De nouvelles chaussures peut-être ?
– Merci père mais je préfèrerais une fleur. Je n’ai jamais réussi à en faire pousser une seule sur ce lopin de terre.

Le marchand partit confiant en sa bonne fortune mais il déchanta bien vite. Le navire et sa cargaison venaient d’être confisqués pour dédommager les nombreux créanciers.
Le cœur lourd et les poches vides, il reprit le chemin de la maison. Perdu dans ses sombres pensées, il ne s’aperçut pas qu’il s’égarait et s’engouffrait dans le grand bois. Lorsqu’il en prit conscience, il était bel et bien perdu au milieu de nulle part. La neige tombait drue et le marchand se voyait déjà mort quand il distingua au loin la lueur d’une fenêtre éclairée. Il se dirigea vers ce fanal et fut bien surpris d’arriver au pied d’un immense château, apparemment désert.
Il poussa la porte et trouva une table couverte de mets plus appétissants les uns que les autres. Une fois sa faim apaisée et sa soif étanchée, il s’installa dans un large fauteuil près du feu.

Il s’éveilla à l’aube et trouva à ses pieds deux coffres. L’un était rempli de robes chatoyantes, l’autre de pièces d’or rutilantes. Il remercia à voix haute le maître des lieux bien qu’il ne l’ait pas même entrevu, puis chargea son cheval. Il s’apprêtait à quitter le domaine lorsqu’il remarqua un massif de roses.
A peine en eut-il cueilli une qu’un poids s’abattit sur lui et le cloua au sol.
Le pauvre marchand crut bien s’évanouir. Au-dessus de lui se dressait un horrible monstre. Ses jambes et son tronc étaient ceux d’un homme mais sa tête et ses bras appartenaient à un crabe.
– Vous êtes bien ingrat, lui dit la Bête d’une voix d’outre-tombe. Je vous nourris, vous héberge, vous couvre de cadeaux et vous me volez en quittant ma demeure. Vous devrez mourir pour réparer cette offense.
– Pardonnez-moi mon bon seigneur, implora le marchand. Je voulais juste offrir cette rose à ma plus jeune fille qui m’a demandé une fleur en présent.
– Je ne suis pas un bon seigneur et ne le serai jamais. Puisque vous me volez ce qui m’est le plus précieux, je ferai de même. Que votre plus jeune fille vienne au château. Elle y sera mon éternelle prisonnière. Partez maintenant avant que je ne vous tue.

Le marchand rentra chez lui ventre à terre. Dès son arrivée, il raconta sa funeste aventure à ses filles. Malgré les protestations de son père et les cris affolés de ses sœurs, Belle enfourcha le cheval et se dirigea vaillamment vers sa nouvelle demeure. Elle ne put cependant retenir un cri d’effroi lorsqu’elle vit la Bête venir à sa rencontre. L’hôte lui désigna sa chambre et l’abandonna à son triste sort. Toute la nuit, les sanglots de Belle résonnèrent dans le palais mais au petit matin, c’est d’un pas déterminé qu’elle partit à la découverte du domaine.

Tout autour du château, des massifs se répandaient tels des rubans de roses aux couleurs pâles ou vives, formant un véritable camaïeu. Le palais quant à lui était constitué d’une multitude de pièces, couloirs, dédales. Dans certaines parties, Belle se sentait sereine et apaisée. Dans d’autres, au contraire, l’atmosphère y était lourde, viciée. Belle avait alors l’impression d’être en proie à une sorte de maladie, rongée par d’invisibles tumeurs. Un jour, alors qu’elle se penchait pour boire l’eau d’une des fontaines, la Bête surgit de nulle part et gronda d’une voix terrible :
– Je vous interdis de boire cette eau ! Les fontaines de ce château abritent un liquide aux effets secondaires imprévisibles. Elles peuvent vous donner la nausée, vous vider de vos forces et même faire tomber vos si beaux cheveux.
Belle, effrayée par l’horrible crabe, s’enfuit dans sa chambre où elle resta cloîtrée de nombreux jours.

Les mois passaient. Belle s’était résolue à cohabiter avec la Bête même si elle fuyait autant que possible sa compagnie. La Bête, elle, faisait tout pour se faire accepter. Chaque matin, elle déposait dans la chambre de Belle un bouquet de roses tout juste écloses, et chaque après-midi elle l’accompagnait en promenade dans le parc du château.

Par une belle journée d’hiver, lors d’une de ses innombrables balades, Belle remarqua que la porte du domaine était ouverte. Son sang ne fit qu’un tour ! Bien qu’elle ait accepté sa mauvaise fortune, Belle ne s’était jamais avouée vaincue et espérait toujours se débarrasser de son fléau.
Alors que la Bête confectionnait un énième bouquet de roses, Belle saisit l’opportunité, retroussa ses jupes, prit ses jambes à son cou et déguerpit aussi vite qu’elle pût.
Lorsqu’elle eut franchi les grilles et fut hors d’atteinte, elle se retourna et, hors d’haleine, adressa ces paroles à la Bête :
– Adieu horrible crabe ! Je te laisse avec tes tumeurs invisibles et tes fontaines qui rendent malade. Et pour ta gouverne, sache que JE DETESTE LES ROSES !!! Mouah ah ah ! (rire diabolique de Belle)

Belle regagna la maison de son père et retrouva sa chère liberté. La vie reprit peu à peu son cours normal, et même si Belle songeait souvent à ce qu’elle avait vécu avec la Bête, elle ne la revit plus jamais… à son plus grand bonheur !

Voilà Berthe, c’était ma version toute personnelle de La Belle et La Bête. Je ne suis pas certaine qu’elle te plaise mais pour moi, elle est parfaite… surtout la fin…

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