Rencontre avec Sandra Sanji

 

D’un rêve, né une passion et une carrière artistique pour Sandra, toujours en traitement contre le cancer.

 

Tout commence, il y a 3 ans, le jour où Sandra, découvre qu’elle a un cancer à l’âge de 36 ans.

 

« Au début, comme pour tout le monde je présume, c’est un vrai choc. Mais pas le choix, il faut y aller, il faut vite commencer le « parcours du combattant » !  Les examens s’enchainent tellement vite qu’il n’y a pas de temps pour la réflexion, ni pour s’apitoyer sur son sort ! »

 

Alors qu’elle se trouve dans la salle d’attente pour son premier rendez-vous chez la cancérologue, Sandra aperçoit une affiche dans le couloir avec des chiffres sur le nombre de cancer par an et le nombre de décès.

Au moment, où elle entre dans la salle de consultation, elle demande au médecin : « Vu ce qui est écrit sur l’affiche, je vais mourir, c’est ça ? ».

C’est à cet instant précis que Sandra se dit qu’elle aimerait voir des choses qui redonnent un tant soit peu le sourire (généralement égaré), sur les murs des hôpitaux souvent glauques, même si cela parle du cancer et des effets secondaires.

 

Quand la deuxième chimio arrive, Sandra se réveille un matin avec une illustration précise en tête.

 

« À la base je suis issue d’une école de cinéma, puis je me suis formée au graphisme en 2007. Il n’a jamais été dans ma volonté de devenir illustratrice et de créer des illustrations. Mais voilà, quelques jours plus tard je créé une petite illustration sur mon ordinateur, pour expliquer à mes proches que je m’absente du net quelques jours pour aller chercher ce que j’appelais « ma potion magique ».

 

Une illustration pleine d’humour, qu’elle a ensuite postée sur son profil personnel Facebook. C’est de cette façon que Sandra a commencé à partager des illustrations au fur et à mesure des traitements pour permettre à son entourage de comprendre ce qu’elle vivait, sans mettre de mots, et avec une pointe d’humour.

 

Son entourage, amusé, lui a alors conseillé de les partager « Tu devrais les montrer à d’autres patients, ça pourrait les faire (sou)rire ! »

 

« Quant à moi, cela m’a permis d’exorciser ma peine : rire pour ne pas pleurer, rire pour dédramatiser. »

 

 

Un an plus tard, Sandra a commencé à exposer ses illustrations dans l’hôpital où elle était suivie, puis à d’autres occasions comme Le Triathlon des Roses organisé par la Fondation Arc, ou encore des journées dédiées « Octobre Rose ».

Repérée par la délégation de Agde de La Ligue contre le cancer, et voyant que Sandra faisait aussi de la photographie, on lui propose, en plus de cette exposition d’illustrations, de faire une exposition photos itinérante dans le cadre de la « Semaine Rose » qui s’est déroulée du 2 au 9 octobre, à Agde.

 

« J’ai découvert la photo assez récemment durant la maladie. Ayant beaucoup d’amis artistes, j’ai commencé à « m’entraîner » sur eux ! Puis c’est très vite devenu une passion dans laquelle je me réfugiais de plus en plus car elle me permettait d’oublier les moments difficiles que je traversais.

 

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Un moment de fou rire entre nous lors d’un shooting « Pocahontas », un instant volé et immortalisé qui pour moi représente parfaitement sa joie de vivre, sa spontanéité, sa force et le message qu’elle souhaitait faire passer.

Lorsque Sylviane, de La Ligue Contre le Cancer de Agde, m’a proposé de faire une expo photos, il a fallu très vite trouver un thème pour commencer à organiser les shootings.

Et puis je suis retombée sur cette photo avec Sabrina, alias Wonder Sabou, rencontrée en septembre 2015 par le biais de l’association « On est Là » (pour laquelle j’étais photographe bénévole).

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J’ai eu un vrai coup de foudre amical pour cette jeune femme de 18 ans forte, optimiste, intelligente et drôle, qui croquait la vie malgré un ostéosarcome qui lui a valu une amputation de la jambe. C’est donc Sabrina qui m’a inspiré le thème de l’expo photos « l’amitié entre patientes »… parce que c’est ce qui m’a le plus marquée dans cette période. Nous avions fait dans le cadre de Octobre Rose 2015, une photo qui mettait en scène un petit crabe rose (magnet) que je trimballais partout avec moi. Il est devenu le fil conducteur de mon expo.»

 

 

De belles amitiés que Sandra souhaitait mettre en avant

 

« Entre patientes, nous nous comprenons, nous vivons et ressentons les mêmes choses. Malheureusement (ou plutôt heureusement !!!), ce n’est pas le cas avec notre entourage qui a souvent des difficultés à comprendre ce que nous traversons. Entre patientes, nous pouvons nous lier très vite et très fort, et nous n’avons pas besoin de justifier quant à une annulation de dernière minute de soirée / rendez-vous etc… Nous comprenons l’état de fatigue de l’autre.

Mes rencontres amicales les plus fortes se sont essentiellement faites dans le contexte de mon cancer. Spéciale dédicace à Fanny et Marlène, mes 2 supers « copines de promo » ! »

Le principe de l’exposition photos : deux photos côte à côte, d’un duo ou d’un trio de copines, qui se sont rencontrées en traitements ou par le biais d’une association de patients.

 

La première photo fait une mise au point sur le crabe rose représentant l’annonce car « à ce moment-là, seul le crabe existe, plus rien n’a d’importance. Je demandais donc aux modèles de remettre en scène leur réaction à ce moment précis et d’y ajouter un mot. »

 

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La deuxième photo, très optimiste, symbolise l’amitié, la complicité qui s’est créée entre elles grâce à ce petit crabe rose, et ce qu’elle leur a apporté.

 

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Cette exposition, je la dédie à Sabrina, une étoile qui a filé au mois de mars dernier à l’âge de 19 ans. La personne la plus forte et optimiste que j’ai rencontrée à ce jour, et qui m’a énormément appris et apporté du haut de ses 19 ans.

 

« Aujourd’hui, j’ai envie (et j’essaie, à ma façon bien sûr !) de continuer ce qu’elle a entrepris : aider les gens autour de soi à mieux vivre le cancer en véhiculant un message positif, en luttant contre les préjugés, le regard des autres qui peut parfois être cruel (et cela, de par ma paralysie faciale due à une maladie orpheline Le Syndrome de Moebius, je ne le sais que trop bien hélas…).

Sabrina croquait la vie à pleine dents et relevait tous les défis, elle faisait même du ski avec une jambe en moins ! 🙂 Elle redonnait espoir grâce à sa joie de vivre communicative, à toute épreuve. Voilà pourquoi elle portait si bien son surnom de Wonder Sabou !

Bien sûr le cancer n’est pas une épreuve facile, et on ne peut pas être positif tous les jours, mais cela ne doit pas nous empêcher de continuer à vivre et à sourire. »

 

Le cancer a petit à petit amené Sandra à faire de la photographie.

 

« Aujourd’hui, c’est ma vie, je ne me vois pas faire autre chose. Depuis un an, je fais du bénévolat en tant que photographe pour l’association « On est là » et également l’association « Juste Humain » (dont Sabrina était aussi membre NDLR) qui propose, entre autres, des rencontres musicales hebdomadaires à l’Institut Curie, dans le service adolescents et jeunes adultes. Les gens autour de moi comprennent difficilement ce besoin d’investissement et cette envie de continuer à « baigner dans le cancer », mais il est important pour moi de donner ce que je n’ai pas forcément reçu durant mes traitements.

 

Une chose est sûre, c’est que ce cancer a vraiment changé ma vie, il a transformé mon caractère et ma manière de voir les choses. Je relativise sur tout et j’apprécie chaque petit instant de bonheur que je percevais pas vraiment« avant »… »

 

Alors « Crabus » (oui c’est son petit nom !), je t’aime autant que je te haïs car, même si c’est assez compliqué à reconnaitre, tu m’as presque donné autant que tu m’as repris…

Et comme disait Sabrina : « N’oubliez pas de kiffer la vie ! »

 

Page facebook PHOTOS : https://www.facebook.com/sandrasanji.photo

Page facebook ILLUSTRATIONS : https://www.facebook.com/sandrasanji.rose

 

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