Seules maîtresses à bord

Lorsque l’on tombe pour la première dans la marmite cancéreuse, après un véritable moment de sidération, la peur, que dis-je, l’angoisse, le désespoir, la révolte, l’abattement viennent tour à tour nous mettre lemyocarde et les synapses à l’envers. Puis tant bien que mal, on rassemble ses forces vives afin d’entamer un douloureux chemin, parfois long et souvent semer d’embûches : les pièges et les chausse-trappes, les voyages decharybde en scylla, les choix à faire entre la peste et le choléra, les questions qui se dédoublent à l’infini, celles qui restent et resteront sans réponses, celles dont on n’aime pas les réponses, celles que l’on voudrait poser, celles que l’on oublie, celles que l’on crie dans le vide…

 

Les deuils physiques, psychiques, les fractures amicales, amoureuses. Les rencontres lumineuses, les mains tendues que l’on n’attendait pas. Les remises en questions, personnelles, professionnelles. Les emmerdements administratifs, financiers, organisationnels. L’angoisse de nos proches, leur sous-investissement, leur sur-investissement, leurs fuites, leur douceur, leurs douleurs. Notre rapport au temps, notre notion de l’essentiel, nos besoins fondamentaux ….

 

Tout, absolument tout bouge en nous, autour de nous et l’entourage comme
nous même avons un temps d’adaptation qui suit sa propre logique dans ce
maëlstrom titanesque. Bien que balloté comme une coquille de noix, il faut bien pourtant que le navire tienne le cap . Et une kyrielle de sirènes vont pousser leur chansonnette autour du capitaine : de petites voix melliflues, insidieuses, qui vont nous suggérer de déléguer, d’abandonner la barre à un membre de l’équipage que nous estimerons parfois plus apte que nous-mêmes à prendre les décisions cruciales.
Pourtant, c’est notre bateau, notre croisière, notre projet, notre cap, et les choix qui seront faits, dans cette tempête-là, nous serons les seules à en subir les conséquences.
Alors oui, bien qu’épuisée, éreintée, terrifiée, découragée, il va falloir, dans cette aventure incroyable, longue, harassante, apprendre à apprivoiser les éléments qui se déchainent et veiller, malgré tout, à rester maîtresse des lieux.

 

Une gageure … Un défi…

 

Mais le relever, c’est aussi partir à la conquête de trésors inestimables. C’est arpenter l’immensité de nos ressources insoupçonnées. C’estréapprendre la saveur des p’tits bonheurs qui passent, fugaces. C’est, tomber en amour, enfin, devant ce mot vieillesse, qui, soudain, devient notre saint graal. C’est remettre de l’ordre dans le cairn bancal de nos priorités, de nos amitiés, de nos amours… C’est prendre conscience que si nous ne décidons pas des aléas de la vie, nous sommes les seules alchimistes au monde à pouvoir transformer le plomb en or…

Les seules maîtresses à bord…

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