Vivre avec (cancer prostate)

La descente

En décembre 2013, j’arrête de courir à cause d’une douleur dans la hanche et dans le dos. Après plusieurs épisodes de pseudo-sciatique, le dernier me conduit aux urgences, en juin 2014, où 3 doses de morphine ne suffiront pas à calmer la douleur. Après une semaine le verdict tombe : cancer de la prostate. Deux semaines plus tard j’apprends que j’ai une métastase osseuse sur le fémur, que je ne dois plus poser mon pied par terre. Je dois me faire opérer d’urgence. Je pose la question sur les chances de guérison, réponse : « aucune chance de guérison ». J’ai 43 ans, une femme que j’adore, trois enfants, la plus petite vient d’avoir 1 an, ce sont ses rires dans le téléphone qui m’ont permis de ne pas m’écrouler.

 

Le retour à la maison est dur. Physiquement je suis en vrac. Après un mois et demi d’hospitalisation j’ai perdu 10 kilo de muscle. La morphine m’aide à oublier les douleurs post-opératoires dans la hanche et le genou. J’ai peur de ne pas voir grandir mes enfants.

 

La remontée

Après l’opération et le début du traitement, les bonnes choses commencent : le traitement fonctionne super bien, le taux de PSA est proche de 0 au bout d’un mois seulement. Le chirurgien qui m’a opéré a fait du super boulot. Mes enfants ma femme me font un petit cocon d’amour… et moi j’ai tout d’un coup envie de vivre en couleur… J’ai mis a profit mon année d’arrêt pour y arriver.

 

« Faites de votre heure de marche le principal moment de votre journée ». Une phrase vue par hasard, je ne l’ai jamais lâchée. Le sport tous les jours, dans toutes les conditions de temps, de température, d’humeur et de douleur. Retrouver les couleurs de chaque saison, la beauté des paysages, croiser des randonneurs, des joggeurs, des photographes. Une heure pour se faire du bien et libérer mon esprit passablement encombré.

 

« Les bodybuilders ne ressentent pas les effets secondaires de l’hormonothérapie ». La conclusion d’une étude Canadienne qui me parle. C’est la fonte musculaire qui fatigue, si on prend une bonne suée, les bouffées de chaleur ne reviennent pas. C’est encore le sport qui va me permettre d’aller mieux.

 

Des rencontres

A la dernière minute d’un rendez-vous d’oncologie, on me conseille d’aller voir le médecin anti-douleur de l’hôpital. Je rencontre un femme super dynamique qui m’ausculte un peu durement en 5 minutes et qui me donne un tas de photocopies de mouvements d’assouplissement à faire. Je fais tout à la lettre. 4 jours après je n’ai plus mal dans la hanche, j’ai arrêté la morphine. Même elle n’en revient pas !

 

Pour sortir de la peur de la maladie, un petit peu d’aide ferait du bien. Je prends dans les pages jaunes le numéro de téléphone du psychothérapeute le plus près de chez moi, en pleine campagne. J’ai un peu peur. Sa méthode me plaît mais ça coûte très cher, ça va durer longtemps. J’ai confiance, ma femme me suit à 100 %. C’est finalement une des rencontres qui va compter le plus. J’ai trouvé une nouvelle manière d’appréhender la vie qui m’a permis de dépasser la maladie.

 

Comment ne pas parler des kinés qui m’ont accompagné des heures pour me remettre sur pied et pour m’aider à supporter les nombreuses heures de sports chaque semaine.

 

Mal au dos, mal à la hanche… et pourquoi pas le vélo couché. Nouvelle rencontre avec un assembleur de vélo couché près de Rennes. Au premier essai, je suis sûr que c’est un truc qui va fonctionner. Ça coûte encore une fois très cher, je mets en attente. Et puis naît le projet un peu dingue d’aller en vélo couché au boulot… 35km aller-retour. Un an après, j’ai trouvé un financement et je me retrouve sur les routes le matin et le soir. Le pied !

 

Un outil simple… mais !

Pour y voir plus clair avec les nombreuses prise de sang, je complète tous les 6 mois un petit graphique pour voir l’évolution du taux de PSA (Le marqueur du cancer de la prostate). Je vois bien la courbe qui grimpe vers le haut de manière exponentielle. Mon médecin me dit qu’il n’y a rien de grave, que ce n’est pas inquiétant.

Je prends rendez-vous avec un autre médecin sur Paris pour en avoir le cœur net. Après 4 mois d’investigation, il y a bien une reprise du cancer au niveau de la prostate et j’ai droit à des séances de rayons.

Mon petit graphique m’a permis de savoir ce qui allait se passer et d’anticiper les traitements. Tous les médecins que j’ai rencontrés depuis en ont gardé une copie.

 

Aujourd’hui

Même si j’essaye d’être archi positif, tout n’a pas été tout seul. Les injections tous les mois ont toujours été très douloureuses, La fatigue est plus grande et la récupération plus longue, les douleurs diverses et variées ne m’ont pas permis de retrouver les mêmes activités qu’avant la maladie.
Je continue à chaque déconvenue à me dire : c’est pas grave, on trouve une solution et on va de l’avant, sinon on recule ! Ça fait bientôt 5 ans que je vis normalement et ça va durer, c’est sûr !

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  1. Bon courage à vous.
    J’ai depuis juillet 2015 (48 ans) un cancer de la prostate avec métastases osseuses.
    Merci pour votre témoignage. 💪🏻

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