C’est petit.
C’est précoce.
Mais c’est bien là.
Pas de doute : le mot a été lâché.

Le mot.
Celui qui fait peur, qui terrifie, celui que tu préférais voir s’occuper des autres, très loin de toi.
Un spécialiste des entrées fracassantes.

Évidemment, un gouffre s’est ouvert — discret, mais profond, comme s’il s’était entraîné pour ça.
Et te voilà soudain inscrite dans les statistiques, sans avoir rien demandé.
On t’enverra peut-être un badge, qui sait.

Alors non, tu ne vas pas partir en expédition sur Internet pour t’ajouter dix nouveaux diagnostics dont certains n’existent probablement même pas.
Tu vas être sage, sérieuse, efficace.
Tu vas suivre les recommandations du médecin, parce que pour une fois, c’est rassurant de laisser quelqu’un d’autre tenir la carte.

On va faire ce qu’il faut.
Simple, net, sans tambour ni violon pathétique.
On va éradiquer la sale bête — oui, appelons-la comme ça, ça lui va très bien.
On va la prendre par la peau du cou, la déloger, lui expliquer poliment mais fermement que sa présence n’est ni souhaitée ni admise.

Et pendant ce temps, on va continuer à vivre.
Pas survivre : vivre.
Avec les sourires un peu de travers, mais des sourires quand même.
Pas question de lui laisser le dernier mot, à cette bestiole : elle a déjà bien assez fait son intéressante.

Donc voilà le programme :
action, traitement, détermination
et surtout : café, lumière, petites joies, gens qu’on aime.
Le quotidien, le vrai, celui qui avance tranquillement sans demander son avis à personne.

La sale bête n’a qu’à bien se tenir :
on a prévu de lui marcher dessus en passant.
Et de continuer à sourire, même si c’est juste pour l’embêter.