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« Témoigner procure du sens à sa propre existence et permet à d’autres d’en tirer avantage. »
Philippe Bataille, sociologue
Accueil Témoignage SE BATTRE
Se battre, oui, je vois très bien le concept. C’est même un peu mon sport de fond. Dans mon boulot, je ne fréquente quasiment que des gens qui ont décidé que la vie était un ring et que, tant qu’à faire, autant y aller franchement. Mensonge, hypocrisie, manipulation, le trio de base. Chaque jour, un nouveau round.
Et là, pas de problème : je sais faire. J’ai les réflexes, les outils, le cuir un peu tanné. Je réponds, j’anticipe, je rends les coups quand il faut. Je ne suis pas toujours élégante, mais globalement efficace. Et, soyons honnête, je gagne souvent. Ou disons : je perds moins que les autres. Ce qui, dans certains milieux, revient au même.
Bref, le combat, ça me connaît.
Sauf que.
Face à Mister C., on change de discipline sans être prévenu. Ce n’est plus un combat. Déjà, il faudrait être deux pour ça. Là, tu es seule avec quelque chose qui ne se présente pas, ne s’annonce pas, ne respecte aucune règle et n’a visiblement pas signé la charte du fair-play.
Tu ne sais pas où il est, ni quand il décide de se manifester, ni pourquoi toi plutôt qu’un autre. Il n’y a pas de stratégie possible, pas de lecture du jeu adverse, pas de montée en compétence progressive. Rien à analyser, rien à anticiper. C’est un adversaire qui ne joue pas, qui ne parle pas, qui ne se montre pas, mais qui peut, à tout moment, décider que c’est reparti.
Donc non, ce n’est pas un combat. C’est autre chose.
De la vigilance, peut-être. Une forme d’attention diffuse, jamais complètement éteinte. Pas obsessionnelle en permanence, heureusement, mais toujours là, quelque part en arrière-plan. Comme une appli ouverte que tu n’as pas lancée mais qui consomme quand même de la batterie.
Et encore, même « vigilance », c’est peut-être déjà trop actif comme mot. Parce que surveiller quoi, exactement ? Où poser le regard ? Sur quel signe ? À quel moment ? On bricole une impression de contrôle avec pas grand-chose, histoire de se rassurer deux minutes.
Alors on te dit : « courage ».
C’est gentil, vraiment. Mais ça tombe un peu à côté. Comme si c’était une question de volonté, d’effort, de bravoure personnelle. Comme s’il suffisait d’en avoir plus pour régler le problème. Spoiler : du courage, on en a déjà. Plein. Tout le monde en a, dans ces moments-là. Ce n’est pas la ressource qui manque.
Le vrai sujet, c’est plutôt : qu’est-ce que tu fais avec quelque chose contre lequel tu ne peux ni te battre, ni négocier, ni prévoir ?
Comment tu t’organises face à l’invisible, à l’imprévisible, à ce mélange un peu arbitraire qu’on appelle, faute de mieux, la malchance ?
Réponse honnête : tu ne t’organises pas vraiment. Tu fais avec. Tu avances, plus ou moins droit, plus ou moins serein, en espérant que la prochaine surprise ne sera pas pour tout de suite.
Et le reste… relève peut-être moins du combat que d’une forme assez prosaïque de chance. Pas très héroïque, pas très spectaculaire, mais apparemment déterminante.
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