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« Témoigner procure du sens à sa propre existence et permet à d’autres d’en tirer avantage. »
Philippe Bataille, sociologue
Accueil Témoignage Un Lymphome de Hodgkin à 20 ans
Je n’avais, jusque-là, jamais osé raconter mon histoire. Et pourtant, cela fait maintenant 4 ans que je suis votre compte depuis la découverte de mon cancer, en février 2022. Je lis tous ces témoignages qui, encore aujourd’hui, résonnent en moi, même des années après.
À 20 ans, après des semaines d’examens interminables, on m’a diagnostiqué un lymphome de Hodgkin de stade 2.
L’annonce a été, disons-le, un gros raté. On m’a expliqué les traitements que j’allais devoir subir avant même de prononcer le mot « cancer ». Et même si, en entendant « chimiothérapie », on comprend rapidement ce que cela signifie, sur le moment, on refuse d’y croire.
Je me souviens encore de cette sensation étrange : comme si mon âme était sortie de mon corps pendant les explications. Un bruit sourd dans les oreilles. Et immédiatement, en regardant ma maman assise à côté de moi, cette pensée : « Qu’est-ce que je fais endurer à mes parents ? »
J’avais 20 ans. J’étais en pleine études de droit, avec une vie sociale à son paroxysme, des voyages comme seuls projets et mille choses en tête. Et du jour au lendemain, mon quotidien s’est transformé en prises de sang, TEP-scans, rendez-vous médicaux et séances de chimiothérapie.
Je me souviens même avoir dessiné 8 carrés sur mon tableau de rendez-vous, un pour chaque chimiothérapie, et de les avoir cochés au fur et à mesure. J’avais l’impression que, comme ça, le temps passerait plus vite.
Au total : 8 chimiothérapies et 14 séances de radiothérapie.
Mais au moment de l’annonce, il y avait une seule chose à laquelle je pensais : mes cheveux. Mes beaux et longs cheveux blonds.
Pour moi, les perdre était tout simplement inenvisageable. Alors j’ai tout tenté, malgré le pessimisme des médecins. J’ai dû insister pour avoir le casque réfrigérant, qui, pendant les 8 heures de chimiothérapie, me provoquait nausées et maux de tête.
J’ai encore en tête l’odeur d’hôpital de ces casques, une odeur qui est restée imprégnée dans mes cheveux pendant des semaines après l’arrêt des traitements.
Pour les médecins, ce n’était pas grand-chose : « Ça repousse vite, mademoiselle. »
Mais pour moi, c’était bien plus que ça. C’était la seule chose à laquelle je pouvais me raccrocher pour ne pas avoir l’impression de « ressembler à une malade ».
Et finalement, j’avais bien fait d’insister. J’ai réussi à garder une petite partie de mes cheveux qui m’a évité d’avoir recours à une perruque ou un foulard. Et aussi petite soit-elle, cette partie représentait énormément pour moi.
Le cancer ne m’aurait pas tout pris.
Après 6 mois de traitements, on a enfin prononcé le mot tant attendu : « rémission ».
Et pourtant, je suis ressortie de cette période encore plus perdue qu’au début. Qu’est-ce que j’étais censée faire maintenant ?
Entre la peur d’une récidive, l’envie de reprendre ma vie là où elle s’était arrêtée et cette étrange sensation de ne plus vraiment savoir qui j’étais avant tout ça…
Alors j’ai décidé de recommencer à zéro.
De faire tout ce que je n’avais pas eu l’occasion de faire.
De vivre, tout simplement.
De profiter de mes proches. De profiter de chaque instant.
Et puis, deux ans plus tard, le 21 juin, jour anniversaire de ma dernière chimiothérapie, j’ai appris que j’étais enceinte.
Ce n’était absolument pas prévu, évidemment, au vu de tout ce que j’avais traversé. Et d’après les médecins, une grossesse naturelle si tôt après les traitements était peu probable.
Mais c’était bien réel.
Mon petit garçon avait décidé que c’était le moment pour lui de me prouver qu’après la pluie venait le beau temps.
Aujourd’hui, il me rappelle chaque jour tout ce par quoi je suis passée pour arriver jusqu’à lui.
Et si c’était à refaire, je le referais mille fois.
Il est ma plus belle revanche sur la vie.
Aujourd’hui, cela fait 4 ans que je suis en rémission. Et si tout va bien, l’été prochain, nous pourrons enfin parler de guérison totale.
Alors à toutes celles et ceux qui sont au début de ce combat, à ceux qui sont en plein dedans et à ceux qui en sont sortis : accrochez-vous.
Parce qu’après la pluie vient le beau temps.
Et aujourd’hui, je peux le dire : la vie est belle. 🤍
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