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« Témoigner procure du sens à sa propre existence et permet à d’autres d’en tirer avantage. »
Philippe Bataille, sociologue
Accueil Témoignage Le vide laissé par ma maman est trop lourd
Je ne sais pas vraiment par où commencer, parce que j’ai l’impression d’avoir tellement de choses à l’intérieur que je ne sais plus comment les sortir. Ma maman est décédée il y a quelques mois. Depuis, j’ai l’impression qu’une partie de moi est partie avec elle. Je savais que son absence allait être difficile, mais je ne pensais pas que cela pourrait prendre une telle place dans ma vie, dans mes pensées, dans chaque moment de mes journées.
J’ai accompagné ma maman pendant sa maladie. J’ai vécu avec elle les mois de traitements, les hospitalisations, les inquiétudes, les moments où on espère encore, puis ceux où on comprend que les choses nous échappent. J’ai été là jusqu’au bout. Je pensais peut-être qu’après sa mort, il y aurait le chagrin, bien sûr, mais qu’il faudrait continuer, reprendre peu à peu une vie normale.Mais je n’ai pas l’impression de retrouver une vie normale.
Tout me paraît terne. Les choses qui pouvaient me faire plaisir avant ne me font plus vraiment plaisir. Je peux rire, parler, travailler, m’occuper de mes enfants, faire ce que j’ai à faire… mais à l’intérieur, il y a quelque chose de vide.
Alors je travaille beaucoup. Je m’occupe. Je remplis mes journées. Je fais ce qu’il faut faire. Je donne probablement l’impression de tenir debout. Mais dès que le silence revient, maman me manque terriblement.
Il y a aussi tout ce qui vient avec sa disparition : ses affaires, ses souvenirs, les endroits où elle était, les choses qu’elle faisait, les habitudes qui n’existent plus. Il suffit parfois d’une toute petite chose pour que la douleur revienne d’un coup.Et aujourd’hui, j’en suis arrivée à un point où j’ai des pensées un peu sombres parfois.
Ce ne sont pas simplement des moments où je me dis que j’aimerais que la douleur s’arrête. Il m’arrive parfois de regarder mes affaires en pensant qu’il faudrait tout ranger, tout trier, pour ne pas laisser de bazar derrière moi.
Écrire ces mots est extrêmement difficile parce qu’une partie de moi sait que je ne veux pas faire souffrir les personnes que j’aime. Je pense à mes enfants. Je pense à ma famille. Je pense à mes proches. Je sais qu’ils m’aiment et qu’ils auraient énormément de peine.
Mais savoir tout cela ne suffit pas toujours à faire disparaître la douleur.Et c’est peut-être cela que j’ai le plus de mal à expliquer : je ne veux pas forcément mourir parce que ma vie ne vaut rien.
Je veux surtout que cette souffrance s’arrête. Je voudrais retrouver un peu de lumière, retrouver l’envie de me lever pour autre chose que simplement tenir jusqu’au soir. Je voudrais pouvoir penser à maman sans avoir cette sensation d’être écrasée par son absence.
Je me sens épuisée de faire semblant d’aller à peu près bien.Alors aujourd’hui, j’écris ici parce que j’ai besoin que quelqu’un entende ce qui se passe réellement derrière ce que je montre aux autres.Ma maman me manque terriblement.
Et malgré tout ce que je viens d’écrire, il y a encore une partie de moi qui espère retrouver un jour quelque chose de plus doux que ce que je ressens aujourd’hui.C’est d’ailleurs cette partie-là que j’aimerais réussir à protéger.
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