Je m’appelle Ludovic, j’ai 49 ans, et mon premier face-à-face avec le cancer a eu lieu en 1979. J’avais 4 ans. À l’âge où l’on apprend à faire du vélo, j’apprenais le nom de ma leucémie. Ce que je ne savais pas alors, c’est que ce n’était que le premier chapitre d’une odyssée de 45 ans.

Mon parcours est une succession de défis qui se sont accélérés de manière brutale ces dernières années. Après 18 années vécues en Thaïlande, ma vie a basculé : à 43 ans, une tumeur agressive à la mâchoire a nécessité une reconstruction totale (mandibulectomie lourde en 2018).

Alors que j’étais en pleine reconstruction physique et identitaire, à 48 ans, le diagnostic d’un cancer de la vessie est tombé. Ces deux tempêtes quasi simultanées ont été l’épreuve ultime.

En tant qu’homme, on nous apprend souvent à souffrir en silence, à « faire face » sans montrer nos cicatrices. Pourtant, la reconstruction faciale touche à l’identité même, au regard des autres, à la parole. J’ai dû réapprendre à m’exprimer, à accepter ce nouveau visage qui est aujourd’hui ma plus belle médaille de guerre.

Aujourd’hui, je ne me définis pas comme un survivant, mais comme un « Invaincu ». La maladie m’a pris des morceaux de corps, mais elle n’a jamais pu atteindre mon souffle de vie. J’ai écrit un livre pour dire aux autres patients, et surtout aux hommes qui se sentent souvent isolés dans leur combat, que chaque inspiration est une victoire.

Je témoigne pour que mon histoire serve de boussole à ceux qui sont encore dans la tempête. La résilience n’est pas un concept, c’est une pratique quotidienne.