Le plus dur, c’est les médecins, même dans un centre de pointe. Il m’a fallu lutter pied à pied pour faire examiner mon sein gauche ; ayant détecté le cancer dans le droit, ils avaient la ferme intention d’en rester là. Erreur, grossière erreur.

On n’écoute pas les patients, on écoute les machines. Quand on entend le mot cancer, on entend ‘je vais mourir’.

Pourtant, pas moyen de savoir quel type de cancer, ni quel pronostic. Il faut lutter pour avoir le résultat des examens, qu’on vous tend dédaigneusement d’un clic de souris, après vous avoir renvoyée d’un bout à l’autre de l’hôpital pour l’obtenir, malgré la douleur, malgré l’épuisement.

Il faut lutter avec internet pour comprendre les différents marqueurs, les différents cancers. Quand on n’est pas spécialiste de biologie moléculaire, c’est épuisant.

Après 4 mois d’efforts, enfin l’opération, et un compte-rendu complet, la carte d’identité bio moléculaire de mon crabe personnel. Ce jour-là enfin, ayant appris leur langue comme une langue étrangère, j’ai su que j’étais sauvée.

Partout sur les murs des affiches déclarant que ‘le patient doit être acteur de son parcours de soin’. Mais si tu ouvres ta gueule, on te la ferme aussitôt.

Si tu essayes de trouver un interlocuteur, on t’envoie sur les roses (d’octobre, bien entendu) . Si tu demandes un renseignement, tu déranges. Les ordres pleuvent. Faites ceci, faites cela, tel jour, telle heure, mais voyons, comment se fait-il que vous soyez fatiguée, juste une toute petite journée d’attente sans manger…

Une demi-douzaine d’erreurs médicales plus tard, la beotienne que je suis, stressée à mort de tout ce vaste foutoir, ne peut que dire : allez, j’ai survécu.

Survécu dans ce corps que les médecins et les machines s’arrachent,  survécu à ce corps qui leur appartient tout entier comme un esclave, survécu à ce cancer qui était leur chose, survécu à leur stress, à leur brutalité, à leur énervement, à leurs erreurs.

Je suis vivante, et je les emmerde, de toute ma force de petite littéraire méprisable.