L’après cancer, c’est aussi ce qu’on appelle les « soins de support ».

Concept intéressant : après vous avoir consciencieusement malmenée, pour de bonnes raisons, certes, on vous propose de vous « réparer ».  Un peu comme si on vous rendait votre voiture après un gros chantier moteur avec, en bonus, un polish et un arbre magique.

Me voilà donc convoquée à l’hôpital pour une session de deux heures. Format efficace : quatre rendez-vous de trente minutes, quatre intervenants, une sorte de speed dating thérapeutique.

Et attention, pas n’importe où. Non. Les soins de support, pour les quelques privilégiées dont je semble faire partie, sont dispensés dans un Institut très chic. Vraiment chic. Le genre d’endroit où tu te demandes si tu es bien malade ou si tu es venue pour un week-end bien-être. Par chance, à deux pas de chez moi. Entièrement financé par des mécènes, merci à eux, et gratuit pour les patientes. On ne va pas bouder.

Première étape : Julie, naturopathe. Jeune, brune, cheveux longs, sourire impeccable, le package complet. Elle s’intéresse à mon alimentation, ce qui est toujours un moment délicat quand on n’a jamais vraiment considéré le quinoa comme un ami. Et là, test d’impédancemétrie.

Alors, l’impédancemétrie, c’est très sérieux : ça mesure la masse grasse, la masse musculaire, bref, ça vous découpe en pourcentages comme un bilan comptable. Les sportifs de haut niveau adorent ça. Ça leur permet d’ajuster leur entraînement, leur diète, leur vie entière.

Bon. Verdict : de mon côté, pas de drame graisseux à signaler. Tout va bien. Je repars quand même avec quelques conseils alimentaires , parce que sinon, ce ne serait pas drôle, dont le fameux : laisser 4 à 5 heures entre deux repas. Une idée qui, sur le papier, paraît simple. Sur le terrain, ça se négocie.

Deuxième rendez-vous : Clémence, coach sportif. Elle a exactement la tête de l’emploi. Dynamique, naturelle, le genre de personne qui te donne presque envie de faire du sport, ce qui est déjà une performance.

Elle me fait faire quelques exercices, notamment d’équilibre. Je tiens debout, ce qui est toujours rassurant. Apparemment, je m’en sors bien. Résultat : elle me recommande Pilates, yoga… ou les deux, tant qu’à faire. Ambitieux. On sent qu’elle croit en moi.

Troisième étape : Anna, psychologue. Là, changement d’ambiance. Anna pourrait sortir d’un magazine. Look millimétré, allure impeccable.

Et elle, elle ne fait pas dans la demi-mesure. Interrogatoire en règle : humeur, sommeil, mémoire, niveau d’énergie, éventuelle déprime… tout y passe. Bilan : on me propose de la sophrologie, éventuellement un atelier sommeil. Pourquoi pas. Après tout, dormir correctement n’est jamais une mauvaise idée.

Et enfin, Amandine. La coordinatrice. Celle qui récupère tout ça, synthétise, organise, décide presque pour vous, avec votre accord, bien sûr, mais tout de même.

Sur sa tablette, elle compile les avis des trois autres et m’annonce le programme : six mois de suivi.

Six mois.

Avec au menu : naturopathie, sport, suivi psychologique, atelier cuisine, « écriture thérapie », et autres activités à la carte, à volonté. Une sorte de buffet thérapeutique.

Je découvre donc que, dans cette nouvelle vie, je vais devoir caser tout ça. Entre deux rendez-vous médicaux, trois réflexions existentielles et, accessoirement, une activité professionnelle.

Je sens que je vais être bien occupée.