Les pensées du matin.

Il y a des matins où le cancer reprend un peu de place.

Sans prévenir.

Juste une pensée qui traverse l’esprit.

Une chose est devenue certaine pour moi.

Quand on a eu un cancer, même opéré, même traité, même avec des examens rassurants… on apprend surtout à vivre avec.

Avec lui.

Avec ce qu’il a laissé.

Avec ce qu’il pourrait encore ramener.

Le mot guérir

Je ne sais même plus ce qu’il signifie vraiment.

On parle de traitements terminés.
De rémission, peut-être.
De contrôles espacés.

Mais jamais de certitude.

Et finalement, ce n’est pas la mort qui m’inquiète le plus.

Elle fait partie de la vie.

C’est la seule chose dont nous soyons tous certains depuis le premier jour.

Non.

Ce qui me fait peur, c’est la souffrance.

La souffrance physique.

Celle qui use.

Qui réduit peu à peu le champ des possibles.

Qui oblige à renoncer.

Je sais maintenant que mon chemin sera jalonné d’examens.

De résultats.

De périodes où l’on respire.

Et d’autres où l’on retient son souffle.

Peut-être de nouveaux traitements.

Peut-être pas.

Personne ne le sait.

C’est peut-être ça, au fond, le plus difficile.

Ne plus jamais pouvoir vivre dans l’illusion que tout est définitivement derrière soi.

Le cancer laisse une drôle de trace.

Même quand il s’en va, il continue d’occuper une chaise dans un coin de la pièce.

On finit par vivre avec cette présence.

On oublie parfois qu’elle est là.

Et certains matins, elle se rappelle à nous.

J’aimerais croire qu’un jour la médecine parviendra à faire disparaître cette peur en même temps que la maladie.

Qu’on pourra vraiment dire : c’est fini.

Sans nuance.

Sans astérisque.

En attendant…

je fais comme beaucoup d’entre nous.

J’avance.

Avec cette compagne de route que je n’ai jamais invitée, mais qui semble avoir décidé de marcher un bout de chemin avec moi.