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« Témoigner procure du sens à sa propre existence et permet à d’autres d’en tirer avantage. »
Philippe Bataille, sociologue
Accueil Témoignage Un cancer osseux, je dois ma rémission à une amputation fémorale
Je m’appelle Céline, je suis maman de 2 enfants.
Le cancer fait un nombre de victimes de plus en plus grand chaque année et nombreux sont ceux qui sont encore inconnus du grand public. Aujourd’hui, ce sujet effraye toujours notre société, mais je pense qu’il est important de garder en mémoire que n’importe qui peut être touché de près ou de loin. Pour ma part, je n’aurais jamais imaginé qu’un jour j’y ferais face. Il m’a fallu plus de 6 mois pour mettre un nom sur mes douleurs. Quand on vous annonce que vous êtes malade, on vous demande d’être forte, d’être une battante !
Ce qu’on ne vous dit pas en revanche, c’est que vous allez avoir peur de votre propre reflet, dû à la perte de poids terrifiante due à la chimio, et la perte de cheveux vous donneront une image de vous que vous n’oublierez jamais. Que le sourire pour les proches et le monde autour, il va falloir aller le chercher. Que les nuits seront difficiles, parce qu’on a tellement peur de ne pas se réveiller, qu’on pleure en silence jusqu’à épuisement. Que dans le service, il est parfois possible d’entendre l’horrible son d’une personne qui pleure en suppliant de vivre alors que les médecins lui ont annoncé quelques heures à peine que la maladie avait gagné, que c’était terminé. Le reste deviendra juste une longue agonie mentale et physique avec tout ce qu’elle implique. Vous l’écoutez et pendant des heures vous vous rendez compte qu’il est fort probable que son état soit le votre dans un futur proche.
Votre corps vous semble étranger. À cela s’ajoutent les effets secondaires du traitement, l’isolement et la solitude.
On fait face à des moments où l’espoir semble fragile, on affronte chaque étape avec détermination. Tout en maintenant la façade pour des proches tout aussi terrifiés que vous de la menace de votre départ à venir. Ce sont les victimes collatérales souvent oubliées. Ceux que vous allez voir s’effondrer quand la maladie va venir les gangréner aussi. Beaucoup des amies que je m’étais faite pendant mon combat n’ont pas survécu. Pourtant, elles étaient des personnes formidables .
De mon côté, mon combat se termine au bout de 2 ans par une rémission validée en 2015 et la perte de ma jambe droite.
Après la maladie, il y a la reconstruction morale et physique. L’acceptation de soi. Une amputation fémorale change une vie. Elle vient perturber votre quotidien et celui de vos proches. Vous devez apprendre à apprivoiser votre propre image tout en acceptant que d’autres vous fuient. Les gens ont encore beaucoup de mal avec la différence et ça les médecins ne vous y préparent pas. Ils ne vous préparent pas aux regards de pitié et pire, à ceux de dégoût que vous allez rencontrer. Presque plus personne ne vous verra autrement que “l’amputée”, “l’infirme” et que vous le vouliez ou non cela va vous définir au-delà de ce que vous êtes aux yeux de beaucoup de gens.
L’énergie que j’ai mise, bien malgré moi, dans mon combat contre la maladie, je me suis promise de la garder pour avancer et me reconstruire. J’avoue que mon reflet dans le miroir ne me plaît pas toujours, il me rappelle que je ne serai plus jamais pareille physiquement.
J’ai dû faire le deuil de ma vie d’avant, et pour mieux avancer le deuil sur d’autres choses. Les couloirs de l’hôpital, la perspective de ma propre fin m’ont fait prendre conscience de plein de choses, mais ce n’est pas vraiment le sujet. Mon parcours est loin d’être terminé, mais j’estime que je suis chanceuse d’être toujours là. Je profite pleinement de mes enfants, mes piliers sans qui mon combat n’aurait pas été le même.
Toutes les personnes malades ont besoin d’une raison au-delà d’elles-mêmes, de se battre, alors je n’aurais pas honte de dire que je suis en partie vivante c’est grâce à eux, même si cela sonne comme les mots que pourrait dire toute mère. Si je n’avais pas eu mes enfants, je ne serais plus là.
Beaucoup perdent des proches dans le combat contre la maladie, j’en ai perdu aussi. Mais j’ai la chance d’avoir encore à mes côtés quelques membres de ma famille et quelques amis sincères. Merci à eux. Ils me donnent des raisons de penser que je peux m’estimer comblée. Après tout, je n’ai pas le droit de me plaindre, j’ai la chance de vieillir…
Mon témoignage n’a pas pour objectif de me faire attirer la pitié, bien au contraire ! J’aimerais simplement qu’il rende compte de la réalité du combat . Qu’il donne un peu de courage aux gens qui se battent encore, qu’il les aide à se sentir compris même si chaque combat est différent. Si cela peut leur donner confiance en l’espoir d’une guérison, ce sera pour moi une seconde victoire.
N’oubliez pas, le cancer change une personne. Parfois en bien, d’autre fois en mal. Chacun le vit à sa manière. Portez un regard doux. Ne jugez pas, mais accompagnez et surtout ne tournez pas le dos face aux changements comportementaux ou physique, plus que la maladie c’est cet abandon qui peut tuer le plus.
Merci de m’avoir lue, merci à tous ceux qui participeront à la diffusion de mes mots et pour celles et ceux qui côtoient encore les couloirs de l’hôpital et les nuits de peurs vous n’êtes pas seuls !
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