Ce n’était plus notre chambre, c’était devenu l’antichambre du néant. Durant ces derniers mois, le monde extérieur a cessé d’exister ; tout s’est réduit au rythme lancinant des machines et au souffle court de Fatima. Ce n’était pas seulement le cancer qui dévorait son corps ; c’était la mort qui, chaque jour, prenait ses quartiers chez nous, s’asseyant à notre table, respirant notre air, nous regardant sombrer.


Quelle agonie que celle de l’impuissance ! Voir s’éteindre, jour après jour, celle qui était ma lumière. Voir le langage s’effacer, ses lèvres ne plus pouvoir prononcer mon nom, jusqu’à ce que ses yeux eux-mêmes – ces yeux où je lisais toute ma vie – finissent par se voiler, emportés par un obscurcissement inexorable. J’étais là, témoin silencieux de son martyre, assistant impuissant à la décomposition de mon propre monde.


Chaque soupir était une déchirure, chaque crise une mort que je vivais en sursis. J’ai vu Fatima, mon âme, se transformer, dépérir, pour ne devenir qu’un corps en lutte contre l’inévitable. Et quand, dans un dernier râle, elle a rendu son souffle entre mes mains, j’ai senti une partie de moi-même s’éteindre avec elle. Le froid qui a envahi sa peau a glacé mon propre cœur à jamais.

Depuis ce jour, je ne vis plus ; je hante les ruines de notre foyer. Les murs de cette chambre portent encore l’écho de ses derniers gémissements ; l’air est encore imprégné de cette odeur de médicaments et de finitude. Je suis prisonnier de ces instants-là. Je suis un mort-vivant qui attend que la terre se referme enfin sur sa douleur, pour retrouver, dans le silence éternel, celle qui a emporté avec elle tout ce qui me rendait humain.


Par Bellakehal Mohammed