En début d’année 2024, je me passe un coup de peigne sur les quelques cheveux qui me restent en sortant de la douche et m’accroche dans la foulée un grain de beauté, derrière la nuque. Je constate que ça saigne, mais ne m’inquiète pas outre-mesure, je me suis déjà renseigné sur le sujet et sais que s’accrocher un grain de beauté est quelque chose d’absolument bénin. Depuis quelques semaines, je me suis remis au judo. Après chaque séance suivant ce petit évènement, je trouve du sang sur le col de mon kimono. Dans ma salle de bain, je me contorsionne comme je peux pour observer l’aspect de ce grain de beauté, qui me paraît ne pas cicatriser correctement. Une, deux, trois semaines passent sans que je constate de réelle évolution. Je commence à me poser des questions, sans pour autant être inquiet, encore une fois je sais que s’accrocher un grain de beauté n’est jamais grave.

Je profite d’un rendez-vous médical pour toute autre chose, pour en parler au médecin. Il me confirme que l’aspect ne lui plaît pas, qu’il va falloir le montrer à un.e dermatologue.

Je connais la difficulté que représente le fait d’obtenir un rdv avec un médecin spécialiste, une partie de moi tient à laisser tomber sans réellement chercher : « Tant qu’un médecin ne me confirme pas que c’est quelque chose d’important, ce n’est rien ». Et encore une fois, « s’accrocher un grain de beauté… ».

Par chance, je trouve un rendez-vous dans les semaines à venir. Je montre la lésion au dermatologue et lui explique le contexte. Elle me confirme ce que je savais déjà et que je me répète depuis le début : s’écorcher un grain de beauté n’est jamais grave… sauf que ça, c’est pas un grain de beauté. La lésion en elle-même est partie avec le peigne, mais il paraît évident, pour la médecin, qu’il y a autre chose.

Un premier diagnostic (provisoire) : un carcinome. Une lésion de la peau, certes cancéreuse, mais bénigne.

On fixe une date pour l’enlever, ça se fait rapidement et sous anesthésie locale. Une fois l’opération terminée, elle m’explique que ce qu’elle a enlevé sera envoyé en analyses, pour vérifier qu’il n’y ait rien d’autre. Elle me contactera par téléphone pour m’informer du résultat de celles-ci.

Trois semaines passent, durant lesquelles je cumule d’importantes difficultés, aussi bien dans la sphère professionnelle que familiale. Je finis par recevoir un appel du secrétariat de la médecin, qui m’informe que cette dernière souhaite me revoir et me demande si je peux me rendre au cabinet deux jours plus tard. Les choses s’emballent alors dans mon cerveau : si une dermatologue est en capacité de me fixer un rendez-vous avec un délai aussi court, ça ne présage rien de bon. Surtout qu’elle devait m’apeller pour me donner les résultats d’analyse… Qu’a-t-elle donc de si urgent à me dire, qu’elle ne peut m’annoncer par téléphone ?

Je me rends donc au rendez-vous et le diagnostic tombe : ce « grain de beauté » que je me suis écorché, est en fait un mélanome. C’est un cancer.

Elle m’explique la suite des événements : l’hôpital qui prendra le relais, un suivi régulier post-opératoire, un risque potentiel d’extension aux ganglions (et donc de métastases) à vérifier…

A partir de là, tout s’enchaîne. L’hôpital me contacte rapidement pour fixer un rendez-vous, à la suite duquel une date est fixée pour l’opération… On m’explique également que vu la zone et son étendue, des points de suture ne seront pas suffisants pour refermer la plaie, qu’une greffe de peau sera nécessaire. On me prélevera un peu de peau pour refermer.

Vient le jour de l’opération, qui se passe bien. Le matin, une scintigraphie a été réalisée, pour que la chirurgienne, lors de l’opération, sache quels ganglions envoyer en analyse (les ganglions « sentinelles », qui seront les premiers atteints en cas de métastases.

Je cicatrise assez rapidement, les points de suture sur les zones d’opération autre que l’exerese du mélanome (prélèvements des ganglions sentinelles et du greffon de peau) sont enlevés plus rapidement que prévu. Pour la zone greffée, ça prend plus de temps. Et mon corps commence à fatiguer de toute cette cicatrisation. La zone greffée met du temps à finir de cicatriser. Opéré en mai, les soins quotidiens ne s’achèveront qu’en septembre.

Entretemps, trois semaines après l’opération, la chirurgienne m’annonce que les résultats lui sont parvenus : ils sont négatifs ! Pas de métastases !

Aujourd’hui, je continue d’avoir un suivi dermatologique régulier, tous les 3 mois, complété par une échographie ganglionnaire tous les 6 mois, et ce pendant 3 ans, au moins. La lenteur de cicatrisation a entraîné une chéloïde (cicatrice hypertrophique) au niveau de la zone greffée. J’ai donc une sorte de grosseur de plusieurs centimètres de diamètre derrière la nuque, qui intrigue souvent les gens que je rencontre (je suis allé jusqu’à avoir des questions de gens dans des salles d’attente…).

C’est sans doute le plus difficile aujourd’hui, d’avoir mon corps transformé. Si tout se passe comme prévu, une nouvelle opération devrait être possible pour atténuer l’hypertrophie.

Cette difficulté du corps qui change, je l’ai ressenti également un jour où j’ai dû bricoler l’un de mes pansements pour qu’il tienne, en attendant le passage de l’infirmière. J’ai eu un aperçu des zones fraîchement opérées, qui m’ont impressionné, presque au point d’avoir une crise de panique qui monte.

Pour surmonter la difficulté qu’a représenté cette période, j’ai pu compter sur l’accompagnement de ma psychologue.

S’il y a une chose que je souhaite apporter avec ce témoignage, c’est que la santé mentale et la santé physique vont de pair. Il ne faut surtout pas en négliger une et il faut surtout normaliser le fait d’aller consulter un.e psychologue, cela ne peut qu’être bénéfique et peut même vous aider à vous remettre d’événements douloureux, comme celui que je viens de retracer.