Bientôt la reprise du travail… Le retour à la « vie normale »… Mais comment revenir à cette vie normale après 11 mois d’arrêt maladie, après l’annonce d’un tsunami qui chamboule tout ? C’est d’abord cette attente insupportable des résultats de la biopsie, et cette terreur face au diagnostic : un cancer qui met brutalement face à sa propre mortalité.

Puis tout s’enchaîne… Pas le temps de digérer la nouvelle, que déjà le planning des rendez-vous se remplit, scintigraphie osseuse, scanner, recherche du ganglion sentinelle… Je n’ai jamais eu de douleur de cancer, jamais rien ressenti dans mon corps. C’est à partir du moment où on a commencé à me soigner que je me suis sentie malade.


Puis vient le moment tant redouté de l’opération, l’ablation du sein, ce choix à faire de l’ablation partielle ou totale… Mais qu’est ce que j’en sais de ce qu’il faut faire, de ce qui sera le mieux…le risque avec l’ablation partielle, c’est qu’il faille réopérer et faire une ablation totale, alors allons-y pour l’ablation totale, ce moment où l’on t’ampute d’une partie de ta féminité.


Cette sensation étrange, impression de perdre le contrôle sur mon corps et sur ma vie.


Puis, après quelques semaines de répit, pose du site ! Et viennent les séances de chimiothérapie. Profond sentiment de vide, de subir. Ne pas oublier de programmer une prise de sang avant chaque séance…

Et les effets secondaires arrivent… Ceux qui sont les plus visibles, la perte des cheveux…quelle violence de voir dans ses mains, au moment de la douche, tous ces cheveux, être obligée de tout raser et avoir en tête l’image de ces femmes sortant des camps de concentration, se confronter tous les jours à son image dans le miroir, sans cheveux, un sein en moins et des cicatrices… la fatigue…

Mais aussi les effets que l’on voit moins mais qui sont bien présents… un goût métallique dans la bouche au point de ne plus reconnaître le goût des aliments, des fourmillements aux extrémités des mains et des pieds, les ongles qui se cassent… et encore maintenant, 4 mois après la fin de la chimiothérapie…puis les nausées, les diarrhées, les douleurs dans les articulations…cette vie qui avance au ralenti…

Rien n’est épargné, sein, cheveux, poils, peau…en peu de temps, votre corps est transformé, mis à rude épreuve. Accepter d’aller mal pour espérer aller mieux !


Avoir l’impression de passer son temps à l’hôpital ! C’est la réalité de la radiothérapie…il faut y aller tous les jours ! Il faut faire abstraction de sa pudeur, avoir les seins ou ce qu’il en reste à l’air, ne pas bouger, être toujours dans la même position pour que les rayons agissent…ressortir brûlée au bout de 25 séances !


Et ajouter les consultations, IRM, scanner, petscan, radio pulmonaire, centrage pour la radiothérapie, échographie de l’endomètre, ostéodensitométrie…tous ces rendez-vous à prendre, sans toujours savoir quel service il faut contacter…et on se demande pourquoi certaines personnes abandonnent, en ont marre …


Maintenant, place à l’hormonothérapie…petit comprimé à prendre tous les jours à heure fixe pendant …5 ans ! Là aussi, son lot d’ effets secondaires ! Un vrai parcours du combattant !


Ces quelques mois de traitement m’auront appris la peur, celle qui vous colle au ventre, qui vous empêche de dormir. Mais en me poussant dans mes retranchements, la maladie m’aura aidée à établir mes priorités, à comprendre l’urgence de vivre, à relativiser beaucoup de choses.


Voilà, ce petit laïus pour poser des mots sur ces 11 mois de maladie ,relater mon quotidien et en route pour un retour à la vie normale !
Mais le combat n’est pas fini !